La propagande peut être définie comme un ensemble de techniques de communication visant à influencer les opinions, les comportements ou les croyances d’un public. Son objectif est de faire adhérer ce public à un récit politique, idéologique ou géopolitique. Elle n’est pas nécessairement mensongère : elle peut s’appuyer sur des faits réels, tout en les sélectionnant, les exagérant ou les déformant afin d’orienter la perception du public.
L’« AI slop » désigne, quant à lui, la masse croissante de contenus de faible qualité générés par l’intelligence artificielle : images absurdes, vidéos sans intérêt, faux récits émotionnels ou montages improbables. Ces contenus ont souvent peu ou pas de valeur informative et cherchent principalement à capter l’attention en exploitant les mécanismes algorithmiques des plateformes.
La « slopaganda » désigne la rencontre entre ces deux phénomènes. Il s’agit de l’utilisation massive de contenus générés par l’IA à des fins de propagande politique ou idéologique. Le terme est une contraction de « AI slop » et de « propaganda ». Il décrit une forme émergente de guerre informationnelle dans laquelle des contenus viraux, émotionnels, souvent absurdes ou caricaturaux, sont utilisés pour diffuser et amplifier des messages politiques.
Crédibilité versus saturation
La principale différence avec la propagande traditionnelle est que la slopaganda ne cherche pas toujours à être crédible. La propagande classique tente généralement de convaincre. La slopaganda cherche avant tout à saturer l’espace informationnel, à générer de l’engagement et à déclencher des réactions émotionnelles. Elle mobilise les codes du mème, du divertissement, de la culture Internet et parfois même du ridicule.
C’est pourquoi la slopaganda est souvent plus proche des mécanismes de l’économie de l’attention que de la propagande classique. Là où la propagande classique cherchait à imposer une vérité. La slopaganda cherche souvent à produire tellement de bruit qu’on ne sait plus où se trouve la vérité.
A l’origine de ce phénomène, les IA génératives qui permettent d’accélérer et de massifier la production de contenus tout en les personnalisant à grande échelle. Là où une campagne de propagande nécessitait autrefois des équipes et des moyens importants, une seule personne peut désormais produire rapidement des centaines de contenus adaptés à différents publics. Elles permettent aussi de réagir presque instantanément à l’actualité et d’inonder les réseaux de contenus avant même que les faits ne soient vérifiés ou contextualisés.
Surtout, les IA génératives facilitent une stratégie de saturation où l’objectif est moins de convaincre que de multiplier les contenus émotionnels, contradictoires ou absurdes jusqu’à brouiller la frontière entre le vrai, le faux et le divertissement.
(Dés)équilibre et économie de l’attention
C’est sans odute ce qui explique le succès de la slopaganda. La plupart de ces sont volontairement excessifs, caricaturaux ou absurdes. Pourtant, ils circulent massivement parce qu’ils provoquent une réaction émotionnelle : amusement, indignation, surprise ou colère. Cette « pollution informationnelle » brouille ainsi notre capacité à distinguer les sources fiables du bruit numérique. Le danger est de contribuer à un scepticisme généralisé où il ne sera plus possible de croire au vrai.
Plusieurs plateformes numériques se sont engagées dans la lutte contre ces contenus en utilisant des labels signalant l’usage de l’IA, des filigranes numériques, des outils de détection ou encore des systèmes de signalement et de notes communautaires pour apporter du contexte. Certaines limitent également la monétisation des contenus produits massivement et conçus uniquement pour générer de l’engagement.
Cela étant, elles sont confrontées à une contradiction majeure : ces contenus, souvent émotionnels et viraux, génèrent précisément l’activité dont leur modèle économique dépend. Il s’agit, pour elles, de trouver un équilibre entre la lutte contre la manipulation, la liberté d’expression et leurs propres intérêts économiques.